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SAINT-DENIS - ROUBAIX, 247 km
1. Fausto COPPI (Ita) en 6h18'48"
2. Maurice Diot (Fra) à 2'45"
3. Fiorenzo Magni (Ita) à 5'24"
4. Charles Coste (Fra)
5. Gino Sciardis (Ita) à 7'07"
6. Pierre Molinéris (Fra) à 7'40"
7. André Declercq (Bel) à 7'54"
8. Georges Meunier (Fra)
9. Georges Claes (Bel)
10. Marcel Kint (Bel)
11. Edward Van Dyck (Bel)
12. Emmanuel Thoma (Bel)
13. André Rosseel (Bel)
14. Jacques-Jésus Moujica (Fra)
15. Louison Bobet (Fra)
16. Rik Van Steenbergen (Bel) à 8'48"
17. Oreste Conte (Ita) à 8'55"
18. Philippe Martineau (Fra) à 9'15"
19. Omer Braeckevelt (Bel) à 9'18"
20. Marcel De Mulder (Bel) à 11'06"
21. Alphonse Devreese (Fra)
22. Ettore Milano (Ita)
23. Maurice Blomme (Bel)
24. Angelo Menon (Ita)
25. Edouard Klabinski (Pol)
26. Albert Sercu (Bel)
27. Emile Vanderveken (Bel)
28. Albert Ramon (Bel)
29. Albert Dubuisson (Bel)
30. Alfredo Pasotti (Ita) à 11'47"
31. Nello Lauredi (Fra)
32. Antonio Bevilacqua (Ita) à 13'01"
33. Roger Decock (Bel)
34. Antonin Rolland (Fra) à 13'22"
35. Ferdinand Kübler (Sui)
36. Roger Queugnet (Fra)
37. Eloi Tassin (Fra)
38. René Walschot (Bel)
39. Henk De Hoog (Hol)
40. Pino Cerami (Ita)
41. Fermo Camellini (Fra)
42. Raphaël Géminiani (Fra)
43. José Beyaert (Fra)
44. Jean Rey (Fra)
45. Roger Duquesne (Fra)
46. Wim Van Est (Hol)
47. Jean Bogaerts (Bel)
48. Serge Blusson (Fra) à 13'56"
49. Maurice De Muer (Fra) à 14'30"
50. Jean Brun (Sui) à 15'31"
51. André Blin (Fra) à 16'51"
52. Robert Bonnaventure (Fra) à 16'57"
53. Etienne Tahon (Fra)
54. Frans Gielen (Bel)
55. Julien Van Dycke (Bel)
56. Elias Walckiers (Bel)
57. Roger De Corte (Bel)
58. Albert Decin (Bel)
59. Marcel Molines (Fra) à 18'26"
60. Jean Lauk (Fra)
61. Henri Van Kerkhove (Bel)
62. Marino Contarin (Ita) à 20'55"
63. Antoine Frankowski (Pol) à 21'42"
64. Jean Malléjac (Fra) à 21'45"
65. Ange Le Strat (Fra) à 22'50"
66. René "Flander" Janssens (Bel) à 23'19"
67. Roger Roux (Fra) à 25'07"
68. Jean Engels (Bel) à 27'38"
69. Roger Prévotal (Fra) à 28'38"
70. Paul Giacomini (Fra) à 31'46"
71. Julien Janssens (Bel)
72. Eugène Van Roosbroeck (Bel)
73. François Bussemey (Fra)
74. Emile Teisseire (Fra)
75. Serge Meneghetti (Fra) à 32'12"
76. Roger Buchonnet (Fra)
Partants : 231
Classés : 76
* Certaines sources donnent Maurice Diot à 2'41"
Disputé le 9 avril 1950.
Mais que venait faire Fausto Coppi dans cette galère ? Que
pouvait bien espérer ce "Goéland des cimes", ce parfait esthète
du macadam, en venant défier, dans leur jardin, des flahutes
rompus aux us et coutumes des bourbiers glauques et nauséabonds
du Nord de la France, dans une épreuve aussi atypique que Paris
Roubaix, en cette année 1950. Véritable héros d'une saison 1949
qui l'a vu ensorceler puis éclabousser de sa classe éblouissante
partenaires et adversaires lors du Giro et de la Grande Boucle,
le "Campionissimo" aurait très bien pu se permettre d'éviter
pareil écueil machiavélique. En outre, sa première expérience,
en 1949, aurait du lui signifier qu'une "ballerine" ne se mue
pas ainsi impunément en "rockeuse" patentée.
A l'issue d'un "Enfer du Nord" dont l'arrivée fut un pur chef
d'oeuvre de fantaisie alliant le rocambolesque au burlesque,
Fausto Coppi fut d'une transparence et d'une impuissance telle
que les suiveurs et organisateurs en demeurèrent muets de
"convenance". Finalement seule la victoire conjointe mais très
controversée de son frère Cerce, au détriment du seul André
Mahé, aura permis aux préposés des communiqués de course de
s'attarder sur le patronyme, emblématique et adulé au delà des
massifs Alpins. Initialement peu enclin à renouveler une
expérience dont il n'avait tiré aucun profit révélateur quant à
ses prédispositions à "battre le pavé", le coureur de
Castellania aura, en outre, la stupeur d'essuyer les foudres
d'une presse peu amène envers un homme, selon eux, incapable et
inapte à contrecarrer les assauts incessants des "martyres"
invétérés des chemins de traverse.
Malgré cet ouragan, ce déferlement de désaveux collégiaux qui
aurait, sans aucun doute, anéanti pour le compte les prétentions
et ambitions du plus entêté des kamikazes de l'inénarrable
Hirohito, le tout frais émoulu Champion du Monde de poursuite,
lui, s'imprégna, à l'inverse, de ce déchaînement unanime, de ce
plébiscite contraire pour se blinder bien au delà de la désuète
motivation et s'offrir un défi digne à ériger, si besoin était,
plus haut, plus inaccessible encore, une domination implacable
car totale. En cette année 50, Paris Roubaix s'est mis sur son
"31" et s'est affublé de son habit du dimanche. Tout le Gotha
s'est donné rendez-vous pour démontrer, par les faits plus que
par les palabres, que tout Fausto Coppi qu'il était, la frêle
gazelle n'était pas la bienvenue au pays des "besogneux
cantonniers" du pavé. Sont, en effet, présent, entres autres le
flamboyant "Rik 1er", lauréat deux ans plus tôt et héros
malheureux d'une récente "Primavera" remportée, malgré sa
position d'archi-favori, par "Gino le Pieux", l'Italien Fiorenzo
Magni, la terreur des Flandres auteur d'un hat-trick qui le
consacrera premier "Lion des Flandres" et le "Boulanger de St
Méen" à l'aube d'une carrière qu'on lui prédisait, à l’époque,
prometteuse.
Toutefois, il serait hasardeux voir suicidaire de ne pas
mentionner le contingent Français, riche des Maurice Diot, André
Mahé, bien entendu ou Charles Coste, particulièrement remonté
par la misérable farce dont fut victime André Mahé, un an
auparavant. Les conditions météorologiques s'avèrent exécrables
et le plafond nuageux semble épouser les cimes des habitations
lors du départ de Saint Denis. En outre, une pluie diluvienne
s'est invitée aux festivités, ce qui laisse augurer une bataille
de tous les instants, âpre et incertaines. Le début de course
est abordé prudemment par des hommes déjà trempés jusqu'aux os.
Rien de bien conséquent pour soulever les foules si ce n'est les
démarrages intempestifs mais rapidement annihilés du Belge Frans
Gielen ou du Français Edouard Fachlietner tous deux avides de
reconnaissance. Le peloton contrôle les moindres velléités
offensives et les hommes de Van Steenbergen ou de Diot et Mahé
cadenassent ce dernier tout le moins jusqu'à l'ascension de
l'incontournable côte de Doullens, rampe de lancement originelle
des hostilités.
Dès son apparition les muscles tressaillent d'impatience et les
choses s’accélèrent sous la houlette de Jacques-Jésus Moujica,
le bien nommé. Le Français de Villaréal un moment seul aux
avants postes voit soudain un grand escogriffe lui chatouiller
la roue arrière puis le happer tel un vulgaire vermisseau. Le
"Campionissimo" venait tout simplement de placer sa première
banderille. Reçu, apparemment, cinq sur cinq, l'Italien franchit
le sommet de la difficulté flanqué d'une demi-douzaine de
"survivants" parmi lesquels Magni, Mahé mais dont, ô surprise,
Rik Van Steenbergen se trouvait exclu. L'Anversois, atteint dans
son orgueil, mettra plusieurs kilomètres pour résorber son
amertume et colmater la brèche. Le coureur aux plus de mille
victoires réintègrera finalement, en compagnie d'une quinzaine
de coursiers, le groupe de tête. Sur la route menant les fuyards
vers Arras, l'Italien Gino Sciardis accompagné du "bouffeurs de
pavés" autochtone Maurice Diot prend, à leur tour, la poudre
d'escampette. Derrière, la poursuite s'engage mais le
ravitaillement vient malencontreusement troubler le bon
ordonnancement de celle-ci. C'est alors que Fausto Coppi tente
un coup de poker osé sous la forme d'un "grillage en règle" du
poste aux agapes.
En tête de colonne, il abandonne sa musette aux mains de son
mécanicien éberlué et place un démarrage du feu de dieu qui le
propulse une centaine de mètre devant le groupe d'une vingtaine
d'unités un temps perplexes, puis furibards de s'être laissés
ainsi piégés. Et quand le coureur de la Bianchi se poste ainsi
résolument en tête d'une épreuve, il est extrêmement ardu voir
irréalisable de, ne serait ce, que subodorer venir lui taquiner
de nouveau le boyau arrière. Lancé, alors, à vive allure Fausto
Coppi ne tarde pas à rejoindre Sciardis et Diot qui, un soupçon
songeur, se laisse glisser dans le sillage du métronome
Transalpin. Celui-ci enroule avec une aisance déconcertante un
développement de 52x15 qui ne tarde pas à écoeurer ses deux
compères. Le premier à sauter est son compatriote de Popciena
incapable de suivre le train d'enfer imprimé par le belliqueux
Champion d'Italie. Maurice Diot, quant à lui, entretient
l'illusion en s'accrochant tant bien que mal à la locomotive
bleue. Le râblé "Titi Parisien", tente même de temps en temps de
se porter en tête pour esquisser un relais à la machine
roulante. Ce qui a pour effet immédiat de faire sortir de ses
gonds un "Tonin" Magne toujours aussi exubérant. Pensez donc !
Alors que le patron des Mercier, malin comme un ouistiti,
échafaudait minutieusement la possibilité d'un hypothétique mais
non irréalisable retour de son leader Van Steenbergen en tête de
la course, voilà que son plus fidèle lieutenant se retrouve pris
en flagrant délit de haute trahison.
Fausto Coppi insensible aux atermoiements du Français et sevré
des manigances du "sorcier" qui gesticulait dans son dos décida
alors d'abandonner Diot à son triste sort. L'Italien n'éprouva
même pas le besoin de placer une attaque tranchante et décisive,
il s'autorisa, tout simplement, une longue et insidieuse
accélération qui désarçonna définitivement un Maurice Diot ivre
de fatigue. A moins de cinquante bornes de Roubaix, le
"Campionissimo" apparaît désormais seul au monde. Derrière,
c'est l'hallali pour tous les rescapés. Rik Van Steenbergen
tente bien de sauver l'essentiel mais en pure perte. Le moral
n'y est plus et l'aide que pourrait recevoir le Belge s'avère
pour le moins hésitante pour ne pas dire nulle. Au rendez vous
de Wattignies, Maurice Diot toujours en "chasse patate"
parvient, à force de volonté et de courage, à conserver son
honorable deuxième place au dépend du duo Fiorenzo Magni et
Charles Coste qu'il précède d'environ trois minutes. Quant à
Gino Sciardis, il navigue à vue du peloton cinq minutes derrière
l'homme de tête.
A vingt bornes de Roubaix, la messe est dite, Fausto Coppi file
grand train vers son premier triomphe dans l'"Enfer du Nord". En
effet, personne ne reverra le "Campionissimo", pas même lors de
la traditionnelle douche salvatrice de la "troisième mi-temps"
car le "bonhomme" est pressé et dès la ligne franchie, il
s'engouffre dans un véhicule, direction Côme, pour une réunion
su piste prévue le lendemain, qu'il remportera. Derrière c'est
un Maurice Diot hilare et déchaîné qui coupera la ligne un peu
moins de trois minutes derrière l'intouchable. Cette place de
dauphin suffisait amplement au bonheur du Bourguignon
d'adoption. Dès sa descente de monture, Diot se fendit d'un "J'ai
gagné Paris Roubaix. Coppi est hors concours..."
démontrant ainsi et de manière formelle l'implacable et
colossale domination du "Campionissimo" sur la "Reine des
Classiques". Les avis à l'arrivée étaient unanimes. De Charles
Pélissier, venu en voisin, à Rik Van Steenbergen, adversaire
privilégié du Piémontais outrageusement dominé, tous louaient
l'exploit de l'Italien, sa main mise sur la course et son
aisance, sa faculté à déborder puis atomiser ses adversaires
même les plus récalcitrants.
Par cet acte de bravoure et de panache, le Campionissimo venait
de clouer le bec à jamais, à tous ses détracteurs, et ce n’est
pas le moindre de ses exploits
Michel Crépel
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