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 Histoire du cyclisme...

Décès de Claude Vallée
Tour de France 1934 - 15ème étape





Claude Vallée double champion de France sur route n'est plus.
C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de ce charmant garçon qu'était Claude Vallée. Ce remarquable coursier, au temps de sa splendeur, était considéré par ses pairs, quand il prenait le départ d'une course, comme quasi imbattable. Il était le prototype du coureur passe partout (1,62m-55kg), doté d'une résistance à toutes épreuves, véritable grenade dégoupillée en course, ses adversaires craignaient plus que tout cet assoiffé de victoires. Ce garçon plein de drôlerie, d'un caractère enjoué, ne s'est jamais pris au sérieux, c'est dommage. Lui n'a jamais rien regretté, il aimait d'ailleurs répéter "j'ai toujours été gâté par les Dieux du vélo". Individualiste notoire, il fit tout pour s'éloigner le plus possible des sentes du professionnalisme. En 1961 après son premier titre de champion de France sur route indépendant, il reçoit des propositions pour passer pro chez Peugeot. Dans un élan d’enthousiasme, il accepte aussitôt, puis, suite à une longue réflexion, le jour de la signature du contrat il dira non, en s'excusant auprès de Gaston Plaud. Il restait pourtant un exemple de courage, de ténacité, et pour l'amour inoxydable qu'il portait à la compétition, il n'abandonnait pratiquement jamais. La vie ne fut pas toujours facile pour Claude, il y a une petite vingtaine d'années, il fut victime d'un grave accident de la circulation, alors qu'il allait chercher son pain à vélo. Grièvement blessé aux membres inférieurs, la science lui avait annoncé qu'il ne retrouverait jamais l'usage de ses jambes. Après de très longs mois dans un fauteuil roulant, à force de courage, de volonté et son énorme mental, il finit par retrouver en partie l'usage de ses jambes, pour se déplacer dans son environnement sans l'aide de personne, ceci restait sa plus belle victoire. Celui que tout le monde appelait gentiment et amoureusement "neunoeil" (il avait perdu un œil dans sa prime jeunesse), nous laisse aujourd'hui dans une profonde mélancolie.

Durant sa très longue carrière qui s'étala de 1955 à 1983 inclus, Claude a décroché 150 victoires, dont deux titres de champion de France des indépendants en 1960 à Annemasse devant J.P.Arnaud et l'ex pro Elie Rascagnères et en 1963 à Sancerre en se jouant au sprint des futurs pros J. Bachelot et A. Zimmerman. 3 titres de champion du Poitou sur route en amateur 1956 et indépendant en 1960 et 1963, 1 titre de champion du Poitou sur route des sociétés chrono avec la Pédale St. Florentaise en 1961, 3 grands huit Pontois à Pons en 1959, 1960 et 1961, 3 nocturnes de St. Georges de Didonne en 1959, 1961 et 1962, 3 Bocages vendéens à Bressuire en 1960, 1963 et 1964, 3 G.P du Monteil à Lamonzie St. Martin en 1961, 1962 et 1963, 2 Carmel à Jonzac en 1956 et 1959. Il s'est aussi imposé dans des belles courses à étapes : le tour des Charentes en 1960, le circuit d'Aquitaine (pro) en 1960, le tour de Corrèze en 1963, les 2 jours de Machecoul en 1964, le tour du Médoc en 1966. Il faut aussi ajouter la belle semi-classique Angoulème-Rochefort en 1958. Il devait remporter son ultime course à Puyravault devant le jeune J.R.Bernaudeau en 1975. Ses clubs furent : V.C. Chatelaillon 1955 à 1957, V.C. St. Florentais 1958 à 1962, V.C. Rochelais 1963 à 1965, U.C. de Parthenay 1966 à 1975, V.O.C. Rochelais1976 à 1982, Chatelaillon-Aytré 1983.

Claude était né le 2 mai 1936 à Donnezac (Gironde). Il a été retrouvé mort ce 8 juillet 2026 dans sa maison d'Aytré, où il vivait seul.

Sache, cher Claude, que ton nom nous ramènera toujours le parfum des courses d'autrefois, tu resteras éternellement, un repère, un souvenir précieux, un pan lumineux de l'histoire du cyclisme Charentes-Poitou et pour cela tu ne seras jamais oublié.

Gérard Descoubès


15° étape - Perpignan-Ax les Thermes



René VIETTO (Fra) 17 février 1914 - 14 octobre 1988

Col de Puymorens - 1931 mètres d'altitude - 25 kilomètres d'ascension

René Vietto, jeune Cannois de 20 ans, participe au Tour de France pour la première fois. Ses qualités de grimpeur lui ont permit d'intégrer l'équipe de France pour épauler son leader, Antonin Magne. Au départ de cette 15° étape, Antonin Magne, porteur du Maillot Jaune, veut "tester" ses adversaires, notamment l'Italien Giuseppe Martano, qui n'est qu'à 2' en attaquant l'ascension de Mont-Louis. L'ascension du col de Puymorens n'apporte rien et René Vietto passe en tête devant son leader. Dans la descente, Antonin Magne chute et brise la jante (en bois) de sa roue avant. "Donne-moi ton vélo, René" crie-t-il à son jeune co-équipier, "non, mais prends ma roue..." Le Maillot Jaune n'hésite pas et fonce à corps perdu dans la descente. A l'arrivée, Antonin Magne franchit la ligne avec seulement 45" de retard sur Giuseppe Martano. L'étape est remportée par Roger Lapébie. René Vietto ne gagnera pas le Tour de France cette année-là, ni l'année d'après, ni les autres années... Mais il a écrit une des plus belles pages de la Légende du Tour de France.

Précisions de Jean Roussel :
Bonjour,
Au sujet du sacrifice de Vietto dans la descente du col de Puymorens. J'ai les remarques suivantes à faire :
La roue de Vietto n'était pas adaptée aux encoches de la fourche d'Antonin Magne. Vietto attendit la voiture de dépannage, ce qui donna lieu à la fameuse photo qui fut tirée à des centaines de milliers d'exemplaires et même aujourd'hui encore. Le maillot jaune, quant à lui, fut obligé de s'arrêter quelques centaines de mètres plus loin. Speicher, le champion du Monde, arriva à ce moment et vit que Magne était arrêté. Il lui passa sa roue qui s'adaptait parfaitement à la fourche de son leader et attendit à son tour le mécanicien de la voiture de dépannage qui venait de dépanner Vietto. Speicher et Vietto repartirent ensemble et arrivèrent ensemble à l'étape (voir le classement). Contrairement à ce qui a été dit par la suite ce n'est pas son vélo trop grand pour Magne, mais sa roue que Speicher passa à Antonin Magne. Ce récit abrupte est issu des investigations que j'ai faites sur cette histoire.
Donc, si le sacrifice de Vietto fit pleurer la France sportive, celle-ci ignora totalement que si Magne avait encore son maillot jaune sur les épaules le lendemain matin au départ c'est grâce à Speicher qui resta à ma connaissance silencieux sur le réel déroulement des évènements. Il faut dire que personne n'était là pour filmer son geste et l'on sait que pour les médias un événement n'existe vraiment que s'il est filmé ou photographié.
L'écart au classement général entre Magne et Vietto était tellement important que le Cannois n'avait aucune chance à ce moment de gagner le Tour de France, mais l'opinion sportive était convaincue du contraire, aidée en cela par les journaux et la radio.
Le vrai "sacrifice" de Vietto eut lieu le lendemain lorsque la chaîne de Magne sauta dans la descente du Portet d'Aspet et que Vietto qui avait attaqué les premiers lacets du col des Ares, apprit les malheurs d'Antonin Magne, rebroussa chemin, remonta la pente du Portet d'Aspet et donna son vélo à son leader. Après tout le "foin" qui fut fait sur le sacrifice de la veille, Vietto voulut-il être à la hauteur de son abnégation présumée ? Où son geste spontané fut-il celui d'un parfait équipier ? La personnalité de Vietto était complexe et nous sommes là dans le domaine des spéculations. Si sa légende, comme toujours, fut plus chatoyante que la réalité, il n'en reste pas moins que par son talent, la noblesse de certains de ses comportements, son intelligence et sa personnalité romantique, Vietto fut l'un des coureurs les plus attachants de l'Histoire du vélo.
À noter que le "sacrifice" de Vietto entre dans le cadre de ce qu'on appelle aujourd'hui le "storytelling" c'est-à dire l'art de raconter une histoire, pas l'Histoire, mais "une histoire". Les conseillers des hommes politiques pratiquent cela journellement, mais les journalistes sportifs avaient déjà saisi le principe à l'époque ! Henri Desgrange avait compris d'instinct l'intérêt du "storytelling" (le mot n'existait pas) et de son impact sur les ventes de "L'Auto" de la même manière qu'il était capable d'occulter et même d'imposer une sorte d'omerta sur les circonstances réelles de la mort du coureur espagnol Cépéda dans le TdF 1935. La responsabilité de son organisation dans cette histoire-là était réelle, et il n'était pas de son intérêt de la faire mousser comme cela a été fait pour le premier sacrifice de Vietto.
Jean Roussel
PS : j'ai raconté tout cela, à une nuance près, dans mon bouquin "Il était une fois le Tour de France" - Editions L'Harmattan.


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