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Histoire
du
cyclisme...



Claude Vallée double champion de France sur route n'est plus.
C'est avec beaucoup de tristesse que nous avons appris le décès de
ce charmant garçon qu'était Claude Vallée. Ce remarquable
coursier, au temps de sa splendeur, était considéré par ses pairs,
quand il prenait le départ d'une course, comme quasi imbattable.
Il était le prototype du coureur passe partout (1,62m-55kg), doté
d'une résistance à toutes épreuves, véritable grenade dégoupillée
en course, ses adversaires craignaient plus que tout cet assoiffé
de victoires. Ce garçon plein de drôlerie, d'un caractère enjoué,
ne s'est jamais pris au sérieux, c'est dommage. Lui n'a jamais
rien regretté, il aimait d'ailleurs répéter "j'ai toujours été
gâté par les Dieux du vélo". Individualiste notoire, il fit
tout pour s'éloigner le plus possible des sentes du
professionnalisme. En 1961 après son premier titre de champion de
France sur route indépendant, il reçoit des propositions pour
passer pro chez Peugeot. Dans un élan d’enthousiasme, il accepte
aussitôt, puis, suite à une longue réflexion, le jour de la
signature du contrat il dira non, en s'excusant auprès de Gaston
Plaud. Il restait pourtant un exemple de courage, de ténacité, et
pour l'amour inoxydable qu'il portait à la compétition, il
n'abandonnait pratiquement jamais. La vie ne fut pas toujours
facile pour Claude, il y a une petite vingtaine d'années, il fut
victime d'un grave accident de la circulation, alors qu'il allait
chercher son pain à vélo. Grièvement blessé aux membres
inférieurs, la science lui avait annoncé qu'il ne retrouverait
jamais l'usage de ses jambes. Après de très longs mois dans un
fauteuil roulant, à force de courage, de volonté et son énorme
mental, il finit par retrouver en partie l'usage de ses jambes,
pour se déplacer dans son environnement sans l'aide de personne,
ceci restait sa plus belle victoire. Celui que tout le monde
appelait gentiment et amoureusement "neunoeil" (il avait perdu un
œil dans sa prime jeunesse), nous laisse aujourd'hui dans une
profonde mélancolie.
Durant sa très longue carrière qui s'étala de 1955 à 1983 inclus,
Claude a décroché 150 victoires, dont deux titres de champion de
France des indépendants en 1960 à Annemasse devant J.P.Arnaud et
l'ex pro Elie Rascagnères et en 1963 à Sancerre en se jouant au
sprint des futurs pros J. Bachelot et A. Zimmerman. 3 titres de
champion du Poitou sur route en amateur 1956 et indépendant en
1960 et 1963, 1 titre de champion du Poitou sur route des sociétés
chrono avec la Pédale St. Florentaise en 1961, 3 grands huit
Pontois à Pons en 1959, 1960 et 1961, 3 nocturnes de St. Georges
de Didonne en 1959, 1961 et 1962, 3 Bocages vendéens à Bressuire
en 1960, 1963 et 1964, 3 G.P du Monteil à Lamonzie St. Martin en
1961, 1962 et 1963, 2 Carmel à Jonzac en 1956 et 1959. Il s'est
aussi imposé dans des belles courses à étapes : le tour des
Charentes en 1960, le circuit d'Aquitaine (pro) en 1960, le tour
de Corrèze en 1963, les 2 jours de Machecoul en 1964, le tour du
Médoc en 1966. Il faut aussi ajouter la belle semi-classique
Angoulème-Rochefort en 1958. Il devait remporter son ultime course
à Puyravault devant le jeune J.R.Bernaudeau en 1975. Ses clubs
furent : V.C. Chatelaillon 1955 à 1957, V.C. St. Florentais 1958 à
1962, V.C. Rochelais 1963 à 1965, U.C. de Parthenay 1966 à 1975,
V.O.C. Rochelais1976 à 1982, Chatelaillon-Aytré 1983.
Claude était né le 2 mai 1936 à Donnezac (Gironde). Il a été
retrouvé mort ce 8 juillet 2026 dans sa maison d'Aytré, où il
vivait seul.
Sache, cher Claude, que ton nom nous ramènera toujours le parfum
des courses d'autrefois, tu resteras éternellement, un repère, un
souvenir précieux, un pan lumineux de l'histoire du cyclisme
Charentes-Poitou et pour cela tu ne seras jamais oublié.
Gérard Descoubès
15° étape - Perpignan-Ax les Thermes

René VIETTO (Fra) 17 février 1914 - 14 octobre 1988
Col de Puymorens - 1931 mètres d'altitude -
25 kilomètres d'ascension
René Vietto, jeune Cannois de 20 ans, participe au Tour de
France pour la première fois. Ses qualités de grimpeur lui ont
permit d'intégrer l'équipe de France pour épauler son leader,
Antonin Magne. Au départ de cette 15° étape, Antonin Magne,
porteur du Maillot Jaune, veut "tester" ses adversaires,
notamment l'Italien Giuseppe Martano, qui n'est qu'à 2' en
attaquant l'ascension de Mont-Louis. L'ascension du col de
Puymorens n'apporte rien et René Vietto passe en tête devant son
leader. Dans la descente, Antonin Magne chute et brise la jante
(en bois) de sa roue avant. "Donne-moi ton vélo, René"
crie-t-il à son jeune co-équipier, "non, mais prends ma
roue..." Le Maillot Jaune n'hésite pas et fonce à corps
perdu dans la descente. A l'arrivée, Antonin Magne franchit la
ligne avec seulement 45" de retard sur Giuseppe Martano. L'étape
est remportée par Roger Lapébie. René Vietto ne gagnera pas le
Tour de France cette année-là, ni l'année d'après, ni les autres
années... Mais il a écrit une des plus belles pages de la
Légende du Tour de France.
Précisions de Jean Roussel :
Bonjour,
Au sujet du sacrifice de Vietto dans la descente du col de
Puymorens. J'ai les remarques suivantes à faire :
La roue de Vietto n'était pas adaptée aux encoches de la fourche
d'Antonin Magne. Vietto attendit la voiture de dépannage, ce qui
donna lieu à la fameuse photo qui fut tirée à des centaines de
milliers d'exemplaires et même aujourd'hui encore. Le maillot
jaune, quant à lui, fut obligé de s'arrêter quelques centaines
de mètres plus loin. Speicher, le champion du Monde, arriva à ce
moment et vit que Magne était arrêté. Il lui passa sa roue qui
s'adaptait parfaitement à la fourche de son leader et attendit à
son tour le mécanicien de la voiture de dépannage qui venait de
dépanner Vietto. Speicher et Vietto repartirent ensemble et
arrivèrent ensemble à l'étape (voir le classement).
Contrairement à ce qui a été dit par la suite ce n'est pas son
vélo trop grand pour Magne, mais sa roue que Speicher passa à
Antonin Magne. Ce récit abrupte est issu des investigations que
j'ai faites sur cette histoire.
Donc, si le sacrifice de Vietto fit pleurer la France sportive,
celle-ci ignora totalement que si Magne avait encore son maillot
jaune sur les épaules le lendemain matin au départ c'est grâce à
Speicher qui resta à ma connaissance silencieux sur le réel
déroulement des évènements. Il faut dire que personne n'était là
pour filmer son geste et l'on sait que pour les médias un
événement n'existe vraiment que s'il est filmé ou photographié.
L'écart au classement général entre Magne et Vietto était
tellement important que le Cannois n'avait aucune chance à ce
moment de gagner le Tour de France, mais l'opinion sportive
était convaincue du contraire, aidée en cela par les journaux et
la radio.
Le vrai "sacrifice" de Vietto eut lieu le lendemain lorsque la
chaîne de Magne sauta dans la descente du Portet d'Aspet et que
Vietto qui avait attaqué les premiers lacets du col des Ares,
apprit les malheurs d'Antonin Magne, rebroussa chemin, remonta
la pente du Portet d'Aspet et donna son vélo à son leader. Après
tout le "foin" qui fut fait sur le sacrifice de la veille,
Vietto voulut-il être à la hauteur de son abnégation présumée ?
Où son geste spontané fut-il celui d'un parfait équipier ? La
personnalité de Vietto était complexe et nous sommes là dans le
domaine des spéculations. Si sa légende, comme toujours, fut
plus chatoyante que la réalité, il n'en reste pas moins que par
son talent, la noblesse de certains de ses comportements, son
intelligence et sa personnalité romantique, Vietto fut l'un des
coureurs les plus attachants de l'Histoire du vélo.
À noter que le "sacrifice" de Vietto entre dans le cadre de ce
qu'on appelle aujourd'hui le "storytelling" c'est-à dire l'art
de raconter une histoire, pas l'Histoire, mais "une histoire".
Les conseillers des hommes politiques pratiquent cela
journellement, mais les journalistes sportifs avaient déjà saisi
le principe à l'époque ! Henri Desgrange avait compris
d'instinct l'intérêt du "storytelling" (le mot n'existait pas)
et de son impact sur les ventes de "L'Auto" de la même manière
qu'il était capable d'occulter et même d'imposer une sorte
d'omerta sur les circonstances réelles de la mort du coureur
espagnol Cépéda dans le TdF 1935. La responsabilité de son
organisation dans cette histoire-là était réelle, et il n'était
pas de son intérêt de la faire mousser comme cela a été fait
pour le premier sacrifice de Vietto.
Jean Roussel
PS : j'ai raconté tout cela, à une nuance
près, dans mon bouquin "Il était une fois le Tour de France" -
Editions L'Harmattan.
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