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 Histoire du cyclisme...

Tour de France 1913
Décès de Jesus Martinez
Albert Frigo est décédé



La légende, de tous temps, se nourrit de hauts faits d'armes mais elle génère, également, au sein de nos esprits tourmentés, l'interpellation face à l'imagination fertile et au courage irrationnel de ceux qui la portent aussi haute. Les balbutiements de la petite reine puis son essor capricieux, dues à l'instabilité chronique des frontières de l'époque, n'y sont pas étrangers. C'est la raison pour laquelle les icônes, véritables images d'Epinal en ces temps austères où l'âpreté est le lot quotidien de l'individu, et les situations rocambolesques, voir dantesques, y pullulent. Et, s'il est un coursier qui s'identifie le mieux aux "Forçats de la Route", nés de l'imagination d'un journaliste Bourbonnais un jour de juillet 1924, c'est bien le "Vieux Gaulois" de cette démentielle et ahurissante Primavera 1910.

Son éblouissante épopée neigeuse oubliée, deux ans donc, lui seront nécessaires pour panser ses plaies et ses bleus à l'âme. Mais l'Homme de Bronze est, indéniablement, l'archétype des situations hitchockiennes. Virtuel leader de la Grande Boucle 1913 lors du franchissement des Pyrénées, Eugène Christophe est victime d'un sempiternel incident de course. Sous la forme d'un bris de potence de fourche, cette fois-ci, voilà notre yéti de 1910 face à ses vieux démons d'hier qui ressurgissent inéxorablement. Nous sommes, alors, dans la descente infernale du toit du Tour. Le Tourmalet ne connaît pas encore la même notoriété que de nos jours et pour cause, le passage des sites montagneux est relativement récents et celui du géant pyrénéen n'a que quatre ans d'âge. Le Vieux Gaulois, dépité et les yeux hagards, scrute, au hazard, un éventuel secours utopique puis, saisissant, machinalement, d'une main, à la vigueur improbable, les restes éparses de sa monture disloquée, se met en route et commence à errer parmi les sentes et les chemins escarpés comme il se l'était, déjà, suggéré trois ans auparavant.

La neige absente, la tâche n'en est, toutefois, pas moins ardue. Sa marche est homérique et d'une banalité déconcertante. S'entravant dans la rocaille félone, le pied, empreinté de l'homme de la ville, s'enracine dans les ronces rebelles et se vautre dans les ornières insidieuses. Le parisien s'égare dans ses incertitudes à la recherche d'un "je ne sais trop quoi" symptômatique dans ce genre d'exercice périlleux. Au bout d'une agonie pédestre plus mentale que physique , néanmoins, de dix bornes, notre bédoin des cîmes entre-apercevra le crépuscule de son cauchemar. Ce répit salvateur est matérialisé par une forge sise à mi-pente du Tourmalet au lieu-dit, providentiel pour notre compagnon d'infortune, de Sainte-Marie de Campan.

Devant un parterre de commissaires malveillants et d'autochtônes éberlués, le coursier accidenté se montre, lors de la réparation de son outil, d'une adresse inouie doublée d'un savoir faire exceptionnelle. Cet ancien apprenti serrurier est volubile à souhait et même des aides circonstencielles, qui lui vaudront quelques minutes de pénalités supplémentaires, n'ôteront, en aucun cas, sa fougue communicative. Il va sans dire que, pendant que notre ami s'escrimait au prise, qu'il était, avec sa monture récalcitrante, ses camarades de route convergeaient , plus ou moins béatement, vers Luchon, terme de l'étape du jour.

Le Vieux Gaulois se présentera, à son tour, sur la ligne mais bien après les autres à la fermeture des contrôles, en outre. La messe était dîte pour l'ermite malgré lui. Son principal adversaire, pour la victoire finale, son co-équipier, de chez Peugeot, le "Basset" Philippe Thys, membre du royaume d'Outre-Quiévrain, endossera la tunique jaune le soir même. Déçu, éreinté mais nullement découragé, le bougre, il mettra un point d'honneur à tout mettre en oeuvre pour aider son nouveau leader a triompher à Paris. Philippe Thys, ajoutera deux succès, dans la Grdne Boucle, à son palmarès en 1914 et 1920.

Les esprits chagrins n'ont pas fini de cogiter sur la déconvenue de notre héros en l'an 1913, mais, je vous en prie, tounés la page... Nous sommes sur le Tour de France 1919, du côté de Valenciennes à Raismes, plus précisément, et Eugène Christophe dit "Cricri", depuis ses exploits passés, s'est paré de jaune. Le bonhomme est aux anges. Il vient d'avoir trente quatre ans et c'est l'année ou jamais, qu'on se le dise, et tous, inconditionels et suiveurs, se le disent. L'épreuve de ses rêves et, plus sûrement, de ses insomnies lui tend les bras, elle semble prête à l'épouser, il semble l'avoir dompté, enfin !

Soudain, au hasard d'un virage anodin, les deux fourreaux de sa fourche cèdent. La vie semble être devenue, pour notre ami, un éternel et cruel recommencement. Une heure et quarante minutes de besogneux labeurs lui seront nécessaires pour rafistoler sa bécane et c'est le Belge Léon Scieur qui recevra les lauriers, tant convoités, dans la capitale. Le Vieux Gaulois, sera, néanmoins, le vainqueur moral de ces deux éditions 1913-19, une souscription engagée par le quotidien L'Auto, lors de sa déveine de 1919, lui rapportera une somme plus importante que le prix du lauréat. Mais le Vieux Gaulois, soyons en sûr, semble plus proche de Xénophon que de Cupidon et cette manne providencielle ne saurait enfouir la détresse et l'amertume qui l'habitera jusqu'à sa mort.

Voyez vous, la légende n'est pas, uniquement, le privilège d'élus flamboyants ou de Campionissimo immaculés et j'en veux pour preuve, une autre facette abracadabrantesque de notre inénarrable magicien de la poisse. Sur le Tour 1922, Eugène Christophe ira, dans son délire, jusqu'à chevaucher, à Valoire, la bicyclette d'un écclésiastique, empruntée pour la circonstance à l'homme d'église, en raison d'un énième bris de son vélo. Mais l'histoire, la vraie, celle des chiffres, des bilans et des technocrates ne retiendra qu'en onze Tour de France le Vieux Gaulois n'en aura remporté aucun ! Alors que la légende vive...




Jésus Martinez le vieux guerrier a rendu les armes

J'étais allé le visiter il y a quelques mois, avant d'aller plus loin, je vais resituer le passé dans les pelotons cyclistes de l'ami Jésus. Déjà, il faut savoir, qu'il n'avait absolument pas le moindre lien de famille avec tous les Martinez existants. Cette force de la nature, était né le 6 octobre 1930 à Montazels dans l'Aude (il allait sur ses 96 ans) il vient de décéder ce 16 avril 2026 à Esperaza. Il fut la révélation française de la saison 1954, cette année-là, il  réalisait ses deux chefs-d’œuvre de carrière. Il allait s'imposer, en plantant toute la fine crème des pros, dans la belle semi classique très prisée à l'époque, Gènes-Nice. Quelques jours tard il récidivait de plus belle, dans le Midi-Libre disputé cette année là en deux étapes. Présélectionné pour le Tour, il ne donnera pas suite à sa sélection car toujours indépendant, ce refus court-circuitera toute la suite de sa carrière, hélas. Depuis quelques temps déjà, ses forces l'abandonnaient il ne pouvait plus se lever tout seul et ne se déplaçait plus qu'en fauteuil roulant. Sans trop penser à l'échéance il savait qu'il se trouvait dans son ultime ligne droite. La vie s'écoulait lentement et paisible pour lui, grâce à son admirable épouse Marcelle (92 ans) et son fils. Nous avions passé une belle journée en parlant vélo, des uns et des autres, j'avais senti Jésus heureux, je n'en demandais pas plus. Pour en revenir à sa jolie carrière cycliste, réalisée dans la misère, sans aucune aide extérieure et totalement livré à lui même. Ses deux grandes victoires internationales de 1954, qui auraient dû lui rapporter de l'argent lui en coûtèrent. Il a toujours attendu les primes des victoires, de la maison Splendid et de son club de l'époque. Il ne sera vraiment épaulé sérieusement qu'une seule saison, en 1955 chez ''TERROT'' où on lui fournissait le vélo et tout le matériel. De plus, Monsieur Dion le patron lui payait tous ses frais de déplacements. Hélas, il tomba malade en début de saison et la marque ''TERROT'' se retirait à la fin de l'année. Mais ce coursier miséreux par la faute de quelques uns, allait avoir une belle revanche sur la vie, dans son après vélo. Avec le soutien de son admirable épouse Marcelle, il deviendra un propriétaire producteur aisé de blanquette de Limoux, étant dans le même temps un entrepreneur de maçonnerie prospère.
En plus de ses deux grands succès de 1954, Jésus s'était imposé dans le circuit des trois vallées à Montréjeau après avoir enlevé les 3e et 4e étapes, terminé 10e du circuit des Six Provinces (pro), 14e du G.P des nations (premier L.Bobet) en 1952, 1e des G.P de Castres, Perpignan, de la 1ère étape de la Route du Vin 1953, 1er à Figeac, Figueras (Espagne un chrono), Villeneuve d'Olmes, 6ème du Tour du Vaucluse (pro), 8ème de Bordeaux-Saintes (pro), 13ème au Catox (pro) en 1954, 1er à Carcassonne, Montréale-d'Aude (stoppe sa saison en mai) 1955, 1er de la dernière étape de la Route du Vin 1956, 1er à Carcassonne 1957, 1er à Perpignan (le Frigidaire), Decazeville, Puylaurens, Alet, Limoux (l'Arragou), de la 1ere étape du G.P des rasoirs Phillips à Béziers, Esperaza (ler St. André Maury), 7ème du Tour de l'Ariège (pro) en 1958, 5ème du criterium de Quillan (1er Stablinski, 2ème Delberghe, 3ème L.Bobet, 4ème D.Soler). Il arrête sa carrière après cette course, après avoir débuté en 1948. Il avait porté les couleurs de :
- Marcaillou 1950 à 1951
- Métropole 1952 à 1953
- Fornoms Splendid d'Alessandro 1954
- Terrot 1955
- Peugeot 1956 à 1959.
Honoré les clubs de :
- A.M.V.C. Esperaza 1948 à 1950
- A.S.C. Carcassonne 1951
- Esperaza 1952 à 1955
- A.S.C. Carcassonne 1956 à 1957
- Esperaza 1958 à 1959.
Bien que tu ais arraché des lambeaux de gloire, agrippé des éclats scintillants de jolies victoires, les ondes du souvenir se sont usées sur la balance des joies et des peines de ta carrière. Mais beaucoup savent encore qui tu étais.

Gérard Descoubès




Né le 4 octobre 1943 à Sainte-Foy-La-Grande, il vient de décéder ce 27 mars 2026 à Libourne. Garçon d’une grande simplicité, son énorme volonté en avait fait un coursier courageux et opiniâtre. Au tout début de sa carrière, le cyclisme restait sa joie de vivre. C’est André Darrigade en personne, qui le remarque durant la saison 1966 et qui lui conseille de passer professionnel. Pour cela Dédé le mettra en relation avec Louis Caput directeur sportif du groupe Kamoné dont André est un des leaders. Dès sa première grande course "pro" (le criterium National de la Route) Albert va frôler l’exploit. Sous un temps de chien il s’était retrouvé au cœur de l’échappée royale avec J.Anquetil, R.Poulidor, B.Guyot, L.Rostollan, dont "Maître" Jacques allait régler le sort à l’arrivée. Personne ne connaissait Albert et sa vélocité légendaire, sur le papier il était le plus rapide du lot. Hélas, il creva dans le dernier tour, le temps de changer de roue et de repartir, il ne put jamais revenir en tête et dut se contenter de la 14ème place. A l’époque personne n’avait jamais parlé de la mésaventure d’Albert, perdu au milieu des vedettes, cela faisait partie des incidents de course sans plus. Pour A.Frigo toute sa vie il aura les regrets, d’être peut être passé à coté de la gloire. Après son expérience malheureuse chez les pros où il ne s’était jamais vraiment senti, conseillé et pris au sérieux, il se faisait reclasser hors-catégorie en 1969, où il devenait aussitôt champion d’Aquitaine sur route en disposant de Roger Darrigade au sprint. Il raccrochait son vélo au clou début 1972, pour prendre la direction d’un important cabinet d’assurances. Ce garçon sympathique et discret, nous laisse un subtil bouquet de souvenirs, d’une carrière cycliste passée entre chien et loup.

Durant sa carrière cycliste Albert a porté les couleurs des clubs de :
- Vélo Club Bastidien (quartier de Bordeaux) 1959 à 1962
- Girondins de Bordeaux 1963à 1966
- V.C. Bergeracois 1967 à 1968
- C.C. Périgueux 1969 à 1972.
Honoré les marques de :
- Café Excella 1961 à 1962
- Chicorée-Leroux 1963 à 1964
- Sirops Berger Peugeot 1965
- Peugeot 1966
- Kamoné-Wolber 1967
- Frimatic De Gribaldy Wolber 1968.

Il était entré dans le cyclisme en 1959 et raccroché en 1972, il fut deux ans pro en 1967 et 1968. Chez les pros ses meilleurs résultats furent, 10ème de Bordeaux-Saintes, 14ème du criterium de la route, 62ème de Paris-Roubaix en 1967, 10ème de la ronde de Montauroux en 1968. Ses plus grands succès en amateur restent, le G.P de Saint-Alvère devant G.Bellone et T.Simpson (où il s’attira la foudre des pros), Vayrac en 1966, champion d’Aquitaine en 1969, Rezé-les-Nantes, Aigre, Lubersac, Saint-Yrieix-la-Perche en 1970.

La cérémonie religieuse sera célébrée le mercredi 1er avril 2026 à 15h00 en l’église de Sainte Foy la Grande (33)

Gérard Descoubès

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