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MILAN-SAN REMO, 288 km
1. Eddy MERCKX (Bel) en 6h55'28"
2. Wladimiro Panizza (Ita) à 28"
3. X *
4. Michel Laurent (Fra) à 31"
5. Walter Planckaert (Bel) à 33"
6. Rik Van Linden (Bel)
7. Patrick Sercu (Bel)
8. Roger De Vlaeminck (Bel)
9. Francesco Moser (Ita)
10. Walter Godefroot (Bel)
11. Wilfried Wesemael (Bel)
12. Luc Leman (Bel)
13. Gerrie Knetemann (Hol)
14. Gianbattista Baronchelli (Ita)
15. Lievin Malfait (Bel)
16. Jacques Esclassan (Fra) à 3'40"
17. Marc Demeyer (Bel)
18. Aldo Parecchini (Ita)
19. Pierino Gavazzi (Ita)
20. Robert Mintkiewicz (Fra)
21. Piet Van Katwijck (Hol)
22. Jean-Jacques Fussien (Fra)
23. Pietro Algeri (Ita)
24. Willy Teirlinck (Bel)
25. Ludo Van Stayen (Bel)
26. Alessio Antonini (Ita)
27. Joseph Jacobs (Bel)
28. Ferdi Van den Haute (Bel)
29. Willem Peeters (Bel)
30. Bernard Thévenet (Fra)
31. Antoine Gutteriez (Bel)
32. Pol Verschuere (Bel)
33. Ole Ritter (Dan)
34. Garry Clively (Aus)
35. Juan Zurano (Esp)
36. Jan Aling (Hol)
37. Luciano Rossignoli (Ita)
38. Eric Jaques (Bel)
39. Alfio Vandi (Ita)
40. Jean-Pierre Genet (Fra)
41. Gabriele Mugnaini (Ita)
42. Giuseppe Rodella (Ita)
43. Frans Van Looy (Bel)
44. Michel Pollentier (Bel)
45. Carlos Melero (Esp)
46. Antonio Martos (Esp)
47. Donato Giuliani (Ita)
48. Raymond Poulidor (Fra)
49. Miguel-Maria Lasa (Esp)
50. Maurice Le Guilloux (Fra)
51. Walter Riccomi (Ita)
52. Josef Fuchs (Sui)
53. Roberto Poggiali (Ita)
54. Antoine Houbrechts (Bel)
55. Roger Swerts (Bel)
56. Osvaldo Bettoni (Ita)
57. Jose Martins (Por)
58. Mario Lanzafame (Ita)
59. Giancarlo Polidori (Ita)
60. Bruno Zanoni (Ita)
61. Renato Laghi (Ita)
62. Felice Gimondi (Ita)
63. Carlo Zoni (Ita)
64. Antonio Salutini (Ita)
65. Piero Dallai (Ita)
66. Alfredo Chinetti (Ita)
67. Hennie Kuiper (Hol)
68. Domingo Perurena (Esp)
69. Vicente Lopez-Carril (Esp)
70. Jesus Manzaneque (Esp)
71. Marcel Laurens (Bel)
72. Tino Tabak (Hol)
73. Celestino Vercelli (Ita)
74. Franco Bitossi (Ita)
75. Javier Elloriaga (Esp)
76. Luigi Venturato (Ita)
77. Daniele Tinchella (Ita)
78. Bernard Draux (Bel)
79. Daniele Mazziero (Ita)
80. Georges Pintens (Bel)
81. Claudio Comino (Ita)
82. Remo Rocchia (Ita)
83. Giovanni Calvacanti (Ita)
84. Valerio Lualdi (Ita)
85. Antonio Colpo (Ita)
Inscrits : 219
Partants : 191
Classés : 85
Moyenne : 42.015 km/h
Disputé le 19 mars 1976 sous le beau temps.
* Jean-Luc Vandenbroucke (Bel) déclassé pour contrôle
positif.
La "Primavera" plus connue sous le nom de Milan-San
Remo, est la dernière grande classique remporté par son
"Altesse" Eddy Merckx ! C'est aussi la septième fois qu'il
franchit en vainqueur la ligne d'arrivée, de l'épreuve
italienne, située sur la Via Roma. Cette année 1976, c'est
aussi celle du doute, celle de la remise en question. N'a
t'il pas été battu, en juillet 1975, sur les routes du Tour,
pour la première fois, par un certain Bourguignon à l'oeil
"goguenard", Bernard Thevenet ?
Pourtant au printemps de cette année 1975, qui le vit donc
baisser pavillon devant la hargne du jeune Français, sa
campagne de Classiques avait été des plus prolifiques, qu'on
en juge : Milan-San Remo ("Primavera"), le Tour des Flandres
("Ronde"), Liège Bastogne Liège ("Doyenne") et enfin
l'Amstel Gold Race (pas encore "Amstel Gold Raas"). Excusez
du peu !
Ce début de saison 1976 est marquée par la domination
outrageante des coureurs Belges qui, par l'intermédiaire de
l'insatiable Freddy Maertens s'adjuge six étapes lors d'un
Paris Nice, de haute tenue, remporté finalement par un
Michel Laurent en devenir. De l'autre côté des Alpes, Roger
De Vlaeminck a ajouté un cinquième succès, à sa panoplie,
dans la "Course des deux Mers", Tirreno-Adriatico, et ce,
consécutivement, laissant augurer une sixième levée, l'année
suivante, qui en fera un recordman absolu. En outre, le
"Gitan" a, par la même occasion, remporté toutes les étapes,
à l'exception d'une seule, glané par le "Roi Eddy" en
personne.
Cette première Classique de l'An 1976 s'annonce sous les
meilleures auspices, donc, et très relevée, car en dehors
des trois têtes d'affiche d'Outre-Quiévrain précités, vient
s'ajouter un gamin de vingt ans aux dents déjà bien
aiguisées, Jean-Luc Vandenbroucke, transfuge de la piste et
rouleur invétéré de grand standing. La première partie de la
course, précédant les "Capi", se déroule sans heurt et sans
aucun déploiement des forces en présence, si ce n'est
l'échappée "matinale" traditionnelle dans ce genre
d'épreuve, d'un Néo-zélandais inconnu, du nom de Biddle, qui
sera reprit au pied du premier juge de paix, le Capo Berta.
La montée de celui-ci propulse, à une trentaine de
kilomètres de l'arrivée, un groupe d'une quinzaine d'hommes
dont la composition reflète, à elle seule, l'hégémonie belge
sur le peloton de cette décennie. Dix belges sont au
commandement : l'incontournable Eddy Merckx, le "filou"
Roger De Vlaeminck, le boulimique Freddy Maertens, le
"chasseur" Walter Godefroot et le novice Jean-Luc
Vandenboucke accompagnés des sprinters du cru tels le
pistard Patrick Sercu, le "Doyen" Eric Leman, le sculptural
Rik Van Linden et le râblé Wilfried Wesemael.
L'opposition appartient, dans ce contexte seigneurial, au
domaine de l'anecdotique car nantie de seulement cinq
piètres unités. En revanche, la composition de ses
"empêcheurs de tourner en rond" est de nature à causer de
gros soucis ponctuels aux représentants de sa "Gracieuse
Majesté", le Roi Baudouin. En effet, la présence de trois
transalpins : Francesco "Cecco" Moser, Wladimiro Panizza et
Giambattista "GB" Baronchelli, est de nature à refroidir les
ardeurs des plus enthousiastes. Ajouter, à cela, un petit
"Mangeur de grenouille", Michel Laurent, dont la notoriété
ascendante n'est plus à démontrer depuis son triomphe lors
de la très récente "Course au Soleil", un Néerlandais, bon
teint, Gerry Knetemann, finisseur "glouton" hors
norme, risque d'exacerber les distensions tenaces et
insidieuses qui émanent des "égos" surdimensionnés de nos
coursiers Wallons et Flamands. Le nombre de sprinters de
haut vol au sein de ce groupe princier, indisposait
fortement le "Cannibale" qui, sur la route du bord de mer,
multiplia, alors, les attaques à répétition, en vain dans un
premier temps car toujours réprimées par un Roger De
Vlaeminck, des grands jours, ennemi juré du Wallon.
Pourtant, à l'approche du Poggio di San Remo, là où la
tension est à son paroxysme, en ce lieu mythique où les
coureurs rapides et véloces tentent de s'économiser au
maximum, dans le but de ne pas brûler trop de cartouches
(les 250 km de course sont atteints) en vue d'un éventuel
emballage final, Eddy Merckx, démarre sèchement, de
derrière, et prend immédiatement une centaine de mètres
d'avance, que ni De Vlaeminck, ni Van Linden qui se toisent
mutuellement , ne colmateront. Un homme, pourtant,
parviendra, au prix d'un effort violent, à recoller, à
mi-pente du Poggio, à "l'ogre" Bruxellois, c'est le néophyte
Jean-Luc Vandenbroucke. Parti en poursuiteur, qu'il demeure
malgré tout, l'oncle de l'inénarrable Frank, parviendra,
chose assez rare pour être soulignée, à boucher le trou de
deux cent mètres que le "Cannibale" s'était ingénié à
creuser !
La montée brutale, puis la descente vertigineuse du Poggio
s'avèreront, toutefois, être un véritable calvaire pour le
jeune Belge. Souffrant le martyr, dans la roue de son aîné,
il perdra, au fil des kilomètres, de sa superbe. Toujours
flanqué de son encombrant "fardeau", à l'entrée de San Remo,
Eddy Merckx, lui, caresse les pédales comme à ses plus beaux
jours, la hargne l'habite et un rictus imperceptible
apparaît, alors, sur son faciès déformé par l'effort
consenti. La notion de revanche qui l'anime, à ce moment
précis, est palpable et implacable et l'on craint,
unanimement, que le pauvre Vandenbroucke ne paie cash
l'année de purgatoire que "l'Ogre" Bruxellois vient de
traverser. Refusant, néanmoins, obstinément la fin
inexorable que les suiveurs lui prédisaient, le jeune
présomptueux s'appliquera à prendre, naïvement, la tête du
duo infernal, lors des deux bornes de plats précédant la Via
Roma et roulera comme un forcené pour montrer au "Patron"
qu'il ne rechignait pas à l'ouvrage, lui, le "Petit Poucet".
Mal, lui en prit, bien évidemment, car l'ô combien
expérimenté et rusé Eddy n'en attendait pas tant, et ce fut
une formalité, pour le recordman des victoires dans la
classique Transalpine, de régler au sprint, sans opposition,
son jeune compagnon d'un jour et d'ajouter, ainsi, un
septième bouquet à son, déjà et désormais, extraordinaire
palmarès.
Ce fut, hélas, la dernière Grande Course, gagnée par le
coureur le plus fabuleux de tous les temps, passé, présent
et, soyons en certain, à venir.
Michel Crépel
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